Habiter la faille est une exposition collective conçue à partir des résident.e.s de Fabrique 2024-2025, réunissant douze artistes issus d’horizons divers mais appartenant à une même génération. A travers des mediums divers, chacun.e d’eux offre une vision singulière pour appréhender un monde en perpétuelle transformation. Douze regards pour saisir l’urgence de vivre le présent, seul rempart face à l’impossibilité d’imaginer l’avenir. Douze formes de résistance pour faire face aux mêmes incertitudes et aux mêmes questionnements. Douze façons de vivre et d’être au monde, ici et maintenant. A la fois témoins et acteurs, chacun.e à sa manière, les artistes se font sentinelles. Face aux mutations sociales, politiques ou encore environnementales, ils et elles esquissent les contours d’une résistance silencieuse tout en affirmant la nécessité d’une présence active, indispensable engagement face aux bouleversements incessants de nos réalités contemporaines.
Mais, que peut l’artiste quand il ne peut ?
S’aventurer dans les plis du monde, infiltrer les interstices, explorer les zones de vulnérabilité, s’ancrer dans l’instabilité, se tenir en éveil pour transformer les marges en espaces de vie, malgré tout : telles sont les stratégies déployées par ces artistes. La faille, qui résonne comme une métaphore de notre époque, devient ici un terrain fertile, un lieu de passage et de réinvention, une zone d’inconfort à partir de laquelle tout peut se redéfinir. C’est de cette discontinuité qu’ont émergées les œuvres présentées ici, toutes créées au cours de la résidence.
Le point commun qui traverse les œuvres exposées est le corps, le corps comme espace d’expérimentation, le corps pour créer un espace d’expression. Qu’il s’inscrive dans le registre du figuré, du symbolique, du politique, du social, de l’émotionnel, du mental ou du physique, le corps s’impose comme une présence inéluctable. Omniprésent, il impulse une dynamique, définit une échelle de référence, une forme et son contour, une position dans l’espace, un contexte, une trame, un territoire. Il devient le prisme à travers lequel se déploie une réflexion sur la diversité du monde, sa démesure et ses incessants soubresauts. Le corps serait-il, au fond, le dernier refuge ? Un espace à soi où atterrir ? Un point de chute salutaire ?
Douze langages pour repenser notre rapport à l’espace, du corps au monde, comme autant de pistes de réflexion, de confrontation et de protection. Douze artistes qui, ensemble, célèbrent la fragilité et la résilience de l’humanité face aux tremblements de notre réalité partagée.